
A l’issue de se rendez-vous, nous avons appris que j’allais être hospitalisé, juste le temps d’une journée afin que l’on puisse faire des examens complémentaires et voir différents spécialistes.
Ce jour là est arrivé. Aujourd’hui je devais me faire hospitaliser. Les questions se bousculaient dans ma tête. Pour la première fois de ma vie j’allais me rendre dans une chambre d’hôpital en tant que patiente. Ton papa était à mes côtés, comme toujours. Et bien heureusement car je t’avoue que sans lui, cette épreuve aurait été bien plus compliqué pour moi. En arrivant à l’hôpital, je fus très bien accueillie par le personnel, ce qui me rassura un peu. Puis une longue attente commença. Une attente interminable sans vraiment savoir ce que l’on attendait. Puis une étudiante vient me demander quelques renseignements et me dit que des médecins allaient venir nous parler. Donc nous attendons, encore une fois. Jusqu’à ce que l’on toc à la porte. Deux femmes entrèrent dans la chambre. Une gynécologue-obstétricienne et une pédiatre. Je me rappelle m’être demandé pourquoi elles avaient l’air si fermé, comme lorsque l’on annonce une mauvaise nouvelle. J’allais très vite savoir pourquoi. Ce fût la gynéco qui pris la parole en premier. Elle nous expliqua plus en détails ce qui se passait à l’intérieur de mon corps, où plutôt ce qui ne se passait pas car les échanges avaient beaucoup de mal à se faire entre toi et moi. Tu puisais alors beaucoup d’énergie afin d’avoir assez d’apports pour survivre. Je vous avoue que je ne me souviens pas de tout ce qu’elle nous a dit. Je me rappelle juste qu’elle nous prévenait de tous les risque que l’on encourait. Toi et moi. Mais je n’entendais que ce qui te concernait, moi je passait après, tant pis si je risquait ma vie si c’est pour que toi tu puisses vivre. Vu de l’extérieur cela peut paraître bête ou cliché de penser comme ça, mais je vous assure que lorsque vous vivez ça de l’intérieur c’est vraiment ce que l’on ressent. Puis je me rappelle l’avoir entendu parler d’avortement médicalisé et cette fameuse question est arrivé comme un coup de poignard » Voulez-vous poursuivre cette grossesse sachant tous ces risques ? « . Jamais une femme ne devrait avoir à répondre à cette question. Pas à 5 mois de grossesse, pas après avoir vécu tout ce que l’on à vécu avec toi mon amour. Tu avais une épée de Damoclès au-dessus de la tête et c’était à nous de décider de ton avenir. Mais la question ne s’est jamais posée, on continu. Sans l’ombre d’une hésitation c’est nous trois ou rien et nous nous battrons pour toi mon chéri. Jamais nous ne t’abandonnerons. Si l’on souhaitait continuer alors il fallait savoir qu’un foetus est viable à partir de 25sa ou 500 grammes, en dessous de ces termes les médecins ne peuvent pas intervenir. Tu ne remplissais aucunes de ces conditions. Alors après cette lourde décision que nous avons dû prendre, une autre vient s’ajouter sans nous laisser de répit. Si tu venais à naître dans les prochains jours est-ce que nous autorisons les médecins à intervenir afin de te réanimer ou alors nous te laissons partir. A ce moment-là, je me demandais comment pouvait-on passer d’une grossesse de rêve à ce cauchemar où l’on devait choisir de te faire vivre ou mourir. Mais encore une fois nous prenons la décision de tout faire pour que tu vives. Sans acharnement bien évidemment. Après tout cela, la pédiatre nous parle de la réanimation-néonatale, où tu serais emmené si l’accouchement se faisait prématurément. Elle nous explique que c’est un long parcours, parfois semé d’embûches et difficiles pour les parents. Mais nous sommes prêts à affronter tout cela si c’est pour te voir vivre.
Après ce qui me parût une éternité, l’entretien pris fin. Et puis comme les mauvaises nouvelles ne viennent jamais seules, un médecin est venu m’apprendre que j’allait resté hospitalisé jusqu’à ce que tu viennes au monde. Mais en vérité ce n’était pas une si mauvaise que ça car au moins si il arrive quoi que ce soit nous serons pris en charge très rapidement. Maintenant tout ce qui comptais pour nous était de te protéger et de t’emmener aussi loin que possible dans cette grossesse.
Le soir venu, ton papa qui travaillait le lendemain dû rentrer à la maison. Je me retrouvais seule dans ce lieu encore inconnu avec toutes ces peurs qui grandissaient en moi. Et à ce moment-là tous les mots qui ont été prononcés par les médecins remontèrent à la surface et pour la première fois j’eu peur de devoir vivre sans toi. Jusqu’à maintenant, je ne saurais dire si c’est l’adrénaline ou autre chose mais je ne m’étais jamais imaginer sans toi. Comme si je savais qu’on allait s’en sortir tous les trois, ensemble. Mais cette nuit-là, seule face à mes démons, je me mis à douter. Et je suis désolé mon bébé d’avoir douté de toi, car tu nous a prouvé par la suite que tu était un battant. Dix milles questions se bousculaient dans ma tête. Et si vraiment tu sortais maintenant ? Et si nous devions rentrer sans toi à la maison ? Et si nous te perdons, comment pourrions-nous surmonter ça ? Tout était prêt à la maison pour t’accueillir, il ne manquait que toi dans ton joli petit berceau. Puis je finis enfin par m’endormir.
Les jours qui suivent se ressemblait tous plus ou moins, un monitoring par jour et une échographie deux fois par semaine. Si ton petit cœur venait à faiblir, si tu arrêtais de grossir ou encore si les échanges se faisaient de plus en plus mauvais il faudrait alors te sortir de mon ventre. Alors chaque jour, nous espérions que tout irais pour le mieux et chaque jours qui passait était une nouvelle victoire.
A chaque monitoring, je ne pouvais faire autre chose que fixer les dessins que faisaient les battements de ton cœur, et le son régulier et rassurant résonnait dans ma chambre vide. Ce même son que j’entendais chaque soir avant de m’endormir, sans qu’il y ai de machines en route. D’ailleurs petite anecdote, chaque matin tu taquinais les étudiantes sage-femme en bougeant beaucoup, alors elles étaient obligées de rester a appuyer sur le capteur afin de pouvoir capter ton petit cœur et dès qu’elle l’avait enfin, tu repartais dans l’autre sens.
Je commençais à me faire à cette petite vie. Ton papa venait me voir tous les jours en m’apportant toujours une petite attention, comme de la nourriture ou des choses pour m’occuper. Ah oui et toutes mes affaires car comme je devais être hospitalisé qu’un seul jour je n’avais rien apporté. Et lorsque ton papa était au boulot, c’était au tour de mamie de tenir compagnie à maman. Mais le plus important dans tout ça c’est que l’on avait dépassé les 25sa et tu étais toujours au chaud ! Et ça c’était une première victoire.
Un jour un médecin vient m’annoncer que mes résultats se sont améliorés au niveau des échanges ( les dopplers en terme scientifique, et oui j’en ai appris des mots en langages de médecins ! ). Alors je pouvais sortir et rentré à la maison avec ton papa. Cette nouvelle me fit chaud au cœur car si je rentrais cela voulais dire que u n’étais plus en danger imminent. Mais je m’inquiétais quand même en me demandant comment allons nous faire si quelque chose t’arrivait, comment pourrai-je le savoir ? Mais je n’étais pas lâcher dans la nature comme ça. J’allais avoir deux rendez-vous par semaine à l’hôpital et le reste du temps une sage-femme venait à domicile pour écouter ton cœur et prendre ma tension.
Une fois à la maison je pu bien me reposer. Ton papa ne me laissait rien faire, il faisait le ménage, la cuisine et tout ce qu’il fallait faire en rentrant du travail. Et si j’avais le malheur de me lever pour l’aider il me renvoyait au lit pour que je bouge le moins possible. Il est au top ton papa.
Mais cette petite bulle de bonheur n’aura pas duré longtemps.